Archive for September, 2008

Leaving for the USA!

Mes amis, je dois m’en aller
Je n’ai plus qu’à jeter mes clés
Car elle m’attend depuis que je suis né
L’Amérique

C’est avec ces quelques rimes de Dassin que je me suis levé il y a trois semaines, nous étions le 17 août.

Mon réveil sonne, il est 6h45. Je me lève vite et regarde autour de moi. Je vois mes valises qui sont presque prêtes, ma mallette de vol attend mes dernières affaires, ma veste en cuir ‘pilot’ est sur mon bureau, avec l’acubra qui trône stratégiquement au dessus. Je suis prêt. Pourtant une étrange sensation m’habite, ne serait-ce qu’un rêve? J’ai l’impression que j’ai déjà vécu ce moment. Et c’est là que je me rappelle: oui, c’est bien la deuxième fois que je tente de prendre ce vol qui m’emmènera vers Washington, puis vers Phœnix. Ce vol qui m’emmènera vers ce que j’appellerai ‘home’ pour les 7 prochains mois.

Comme vous l’avez deviné, je suis reparti. J’aime trop voyager que pour rester en Belgique.

Certains d’entre vous s’en rappellent peut être, mais à l’époque j’avais pris la décision rentrer plus tôt d’Australie, de la quitter près de deux mois avant la date qui était prévue, pour enfin commencer les études qui me passionnent: devenir Pilote Professionnel. Après avoir passé des examens d’entrées, après avoir passé une année stressante, et après avec vécu mon premier et dernier ‘vrai’ blocus de ma vie, je devais passer les examens finaux à l’administration de l’Aéronautique. J’ai toujours considéré ces examens comme la partie la plus dure de ma formation. Et, bonne nouvelle, j’ai réussi! Tous, et du premier coup! J’ai encore fait la remarque à Adrien, je n’arrive toujours pas à y croire, j’attends toujours le coup de fil qui me dit qu’il y avait eu une erreur. Il ne viendra sans doute jamais: Je serai pilote professionnel.

Lundi 11, j’étais sensé être parti, et je l’étais effectivement pour quelques heures, j’y avais presque cru: mes bagages étaient enregistrés, j’avais mon billet en main et les contrôles de sécurité passés. Mais la grève des bagagistes de Aviapartner et Flightcare en a décidé autrement: l’avion a d’abord eu un retard de 2 heures, puis 9 heures, et a pour fini été annulé. Ce qui nous a contraint à retourner à la maison, et à ne partir que le dimanche 17, soit 6 jours plus tard.

Il est 15h33, 13h33, 9h33 ou même 8h33, dépendant de sur quel chronomètre je regarde ou bien à qui je prends le risque de poser cette question. Je suis au Niveau de Vol 360, au large du Groenland, j’ai 20 ans, et je me considère incapable de dire quel heure il est. J’ai toujours adoré cette déconnection totale du monde réel quand on est dans un avion. L’impression d’être nulle part et partout en même temps, d’être obligé de rester calme pour plus qu’une minute, de profiter de ce monde irréel qui nous entoure: derrière la couche de cumulus épars je vois des icebergs à la dérive. Une fois arrivé à Phoenix (après avoir passé les contrôles de douane…) le reste de ma promotion nous attend, il est environ 21h locale, et il fait vraiment chaud, il faisait ‘101 degrés’ quand on a atterri, bien que ce soit en Fahrenheit, j’avais bien l’impression de bouillir.

SATC (Sabena Airline Training Center) nous envoie loger dans un lotissement appelé “The Springs at alta Mesa”, c’est une cinquantaine d’appartements qui sont regroupés autour de 3 piscines/jacuzzi/barbecue. Notre appartement (le 2063) est tout à fait neuf, l’appartement est beaucoup plus spacieux que je ne l’avais prévu ; c’est un appartement de 4 personnes, avec 2 chambres/salles de bains. Donc oui, je loge bien avec quelqu’un d’autre dans ma chambre: Adrien.

la vie en Arizona est bien différente que la vie est Belgique, elle me fait un peu penser à l’Australie: il fait beau, il fait chaud, les Américains sont sympathiques et accueillants, mais surtout, on retrouve cette sensation de liberté, cette sensation d’être livré à soi même, tout en sachant qu’en cas de problèmes il y a quelqu’un pour veiller sur soi. C’est vraiment un très chouette climat pour étudier ces 7 prochains mois. Oui j’ai bien dit étudier : c’est bien pour cela que je suis là.

Quand je dis qu’il fait chaud, c’est vrai, mais je crois bien que ça pourrait être pire, bien qu’on soit en pleine saison de mousson (!), qu’il fait 43 la journée et 28 au plus bas de la nuit, il y fait surtout TRES sec, donc on ne transpire pas vraiment, on n’a pas l’impression d’avoir trop chaud sauf quand on prend le risque de s’enfermer dans un avion, moteur et ventilation éteints, en plein centre d’une dalle de béton noire, dans les environs de Midi.

L’école, SATC, accueille environ 230 étudiants et environs 50 avions. Pour le moment, il y a beaucoup d’Indiens, d’Allemands, de Hollandais, et puis il y a nous. Il n’y a pas un seul étudiant de nationalité Américaine dans l’école… ce mélange de cultures est vraiment très enrichissant, j’en apprends vraiment tous les jours. La première semaine et demie était réservée aux briefings, aux cours théoriques, qui étaient cette fois-ci spécifiques à un avion en particulier: plus de lois, plus d’électricité, plus de cours d’aérodynamique: juste des procédures, des flows et des check-lists à bloquer par cœur: on parle enfin de ce que j’aime, on rentre enfin dans le vif du sujet.

Nous sommes le 27/08 et ma montre indique 6h du matin. J’égrène la check-list, et j’annonce ‘before take off checklist completed’, un coup d’œil à mon flightmate pour vérifier qu’il va bien pendant que je confirme le dernier message reçu par la ‘COM 1 ‘: “Cleared for take off runway two-two left Archer Seven Seven Lima”. Je mets full power, je regarde la vitesse qui augmente, je vois la piste qui défile sous mes roues, et j’annonce ‘les speeds’: engine instruments checked – Speed checked – 65kt rotate – 75kt climb: je suis parti.

Depuis lors j’ai fait quelques vols, d’habitude assez tôt le matin comme ça on vole quand il ne fait pas trop chaud. Le programme standard est le suivant : je me réveille vers 3h30, et à 4h30 je prends le van qui me conduit vers SATC. Une fois que j’arrive là, je commence à préparer mon vol : je vérifie la météo, je calcule la position du centre de gravité de l’avion, je fais mon devis de poids, je vérifie qu’on a assez de piste pour décoller, je rejoins mon instructeur au ‘flight dispatch’ et je m’informe des dernières nouvelles : les nouvelles procédures, les dernières maintenances que l’avion a subi, je prends les clefs de l’avion et je termine par faire la pré-vol de mon avion. Je m’assied, je démarre mon moteur et je contacte le dispatch: ‘Sabena Dispatch, Archer Seven Seven Lima is leaving the ramp at 5-45’.

Il est 5h45, et je suis ‘on time’. J’admire le lever de soleil quand j’attends mon tour pour décoller.

Une fois le vol fini, on a 15 minutes de pause pour changer d’équipage, c’est mon flightmate qui prend les contrôles : c’est à son tour de voler et c’est à moi d’observer, de ‘backseater’. Une fois son vol fini, on amarre l’avion, on remplit la paperasse, et on débriefe avec notre instructeur. Il est 12 :00, et ma journée est finie : l’après midi je passe mon temps à faire l’intendance de l’appartement, ou bien tout simplement le long de la piscine ou dans le jacuzzi, à relire les quelques notes du vol et à revoir les procédures du vol suivant. Dû au réveil matinal, l’option sieste-piscine-jacuzzi est souvent prisée. Si c’est ça la vie de pilote, je saurai m’y faire.

Comme l’année dernière j’ai créé un petit site web sur lequel je ferai en sorte de mettre quelques photos.  Le site en question est http://www.bestycame.be. J’ai d’ors et déjà mis quelques photos, notamment celle des quelques vols que j’ai fait ici, des quelques avions que l’on voit dans les environs, et de notre appartement.

En espérant avoir de vos nouvelles bientôt, passez tous un excellent mois de septembre.

Olivier (et non plus ‘Ollie, the Gappie’…)